vendredi 9 juillet 2010

Six months later....


Peut-être que le 12 juillet, le cas d'Haïti aura une petite place dans les médias internationaux. Ce sera le bilan des « 6 mois ».
Je ne suis là que depuis 2 mois et demi et pour moi l'avancement des choses peut se résumer à cette photo. Rappelez-vous, je vous avait fait un article sur ce « camp corail » sorti de nul part. J'y suis retournée avant-hier pour faire des interviews sur la situation des gens. RIEN n'a changé. Au lieu d'utiliser les programmes « cash for work » intelligemment comme en plantant des arbres sur ce terrain blanc et chaud ou en construisant des maisons, une canalisation qui sert à je-ne-sais-quoi à été construite. Les habitants rêvent d'une petite maison en bois. Ils ont entendu parler de maisons en tôles pour eux, en bois, en ciment, en... puis finalement ce ne serait qu'une rumeur, il n'y aurait peut-être plus de maison du tout. Seulement 5000 personnes dans des tentes blanches alignées sur un terrain aride au pied des montagnes en zone innondable loin de la ville, pommé, où les ONG ne savent que faire et finissent par tout laisser tomber (arrêt des distributions de nourriture...). On les avait déplacés dans ce camp en leur disant « vous verrez, ce sera bien ». Hier je parcourais ce camp où l'on se croit en plein désert, où la vie semble s'être arrêtée, où les gens n'ont plus d'espoir, et je me disais que j'aurais du mal à voir du positif dans l'action humanitaire à Port-au-prince.
Si beaucoup de choses n'ont pas changé, comme les gravas qui n'ont pas bougé de place (ou si on les a déplacés c'est pour mieux les entasser sur le terrain voisin), certaines choses ont évolué: la concentration de blancs au mètre carré, de voitures estampillées « UN », les rondes de casques bleus, un chiffre d'affaire en hausse pour les patrons des bars et restos chics, et surtout pour les compagnies d'avion Port-au-prince---> Saint-Domingue...
Port-au-Prince, 6 mois après, je n'y vois qu'une seule chose: l'image de l'échec de la communauté internationale et des ONGs dans l'action de post-urgence. Certes, des choses ont été faites. Mais c'est une goutte d'eau dans un océan. Manque de moyens financiers? Oula certainement pas! Manque de moyens humains? Non plus! Ce n'est que mon avis mais j'y vois une dichotomie: les haïtiens d'un côté, et les blancs riches (oui les nations unies sont TRES riches) de l'autre. L'humanitaire veut imposer son savoir faire occidental. C'est bien dans les jours qui suivent le séisme (médecins, distribution d'eau et de vivres...). Mais là on parle de RECONSTRUCTION. Et reconstruire sans le peuple haïtien c'est une entreprise vouée à l'échec. Les « cluster » onusiens sans un seul haïtien, à débattre de l'Haïti de demain, c'est tout simplement à gerber, et c'est LA la honte de l'humanitaire.
Il n'est pas trop tard pour changer, il reste de l'argent, beaucoup d'argent, et des moyens financiers. J'espère que la presse internationale en ce 12 juillet va tirer la sonnette d'alarme pour nous foutre un gros coup de pied dans le derrière et qu'on arrête nos conneries.
Vous ne serez pas surpris de savoir que Radio commerce n'a toujours pas d'eau potable. Sept fois que j'appelle World Vision et qu'ils me disent « on va y aller, mais ce n'est pas notre faute, de toute façon ». « C'est pas ma faute ». Voilà on en est là. C'est la faute à personne en particulier c'est celle de tout le monde.
Paradoxalement à ce constat d'échec (qui n'est pas une nouveauté dans ce blog puisque je vous gonfle avec ça depuis deux mois), je suis on ne peut plus contente de notre travail d'animation. C'est cool d'être stagiaire parce que je suis une des seules expats à ne pas me faire chier dans le bureau, je suis tous les jours sur le terrain, et c'est là qu'on apprend. On fait vraiment de belles choses. Je ne connais aucune ONG qui fasse de l'animation, surement parce que c'est pas une priorité comparé à l'eau, la nourriture, et l'école (ca peut se comprendre). Mais c'est vraiment quelque chose de très important. Les enfants ont fait une chanson « merci EDM pour apporter la vie dans notre camp ». Oui c'est un petit souffle de vie, de nos tentes sortent des bruits de tambours, de chants, des rires d'enfants. Elles résonnent haut et fort de la culture haïtienne, des racines créoles. Avant de venir ici je voyais l'animation comme quelque chose d'accessoire. On en fait, tant mieux, on en fait pas, tant pis. J'ai changé d'avis.
Je ne dis pas que ce qu'on fait est génial, très loin de là. On travaille avec des bandits, on fait des compromis, on fait des erreurs, il y a du manque de matériel etc. Mais on y croit, on veut faire toujours mieux. Tenez, hier et aujourd'hui c'était la formation des animateurs car on ouvre les animations dans les deux derniers camps à Cité Soleil mercredi prochain. Une dame est venue nous dire qu'elle voudrait enseigner le crochet aux enfants. Un professeur de musique est venu nous dire qu'il voulait partager son savoir du solflège. Et enfin nous avons rencontré un clown qui souhaitait ouvrir des activités cirques. On prend, on prend tout. On est comme des gosses à l'idée de faire de nouvelles choses, on est super enthousiastes, on imagine toujours plus. Bon le seul problème c'est qu'hier je me suis faite rappeler à l'ordre: je pars dans 15j donc il faut que j'arrête de lancer des projets à tout va qu'après on ne pourra plus tenir. Je dois abandonner l'idée de projection de cinéma en plein air à Cité soleil, l'idée de rassembler tous les animateurs de tous les centres pour qu'ils échangent leur savoir-faire... Je suis très contente de rentrer mais en même temps ca fait deux semaines que je m'éclate vraiment dans ce que je fais, que j'ai trouvé un sens à ma présence ici, et je m'entends super bien avec Johson et Julien des animateurs haïtiens avec qui je travaille.
 J'aime cette photo. Je l'ai prise le 12 juillet à la sortie de l'une de nos animations. Les enfants et notre superviseur sont sortis de la tente en chantant et en gambadant, le sourire aux lèvres.

4 commentaires:

  1. http://www.lemonde.fr/idees/article/2010/07/12/promesses_1386063_3232.html

    Ils en parlent! Et je crois qu'ils sont du même avis que toi...

    Gros bisous!! et bons derniers jours.

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  2. Oh ma Vio... Ils en parlent effectivement, mais sans évoquer le vrai pb... Port-au-prince reçoit peu d'aides, on constate une méfiance envers le système qui pourrait gêrer l'argent. Tout s'arrête là... à croire que la reconstruction n'est qu'une affaire d'argent! Mais pas un mot sur l'organisation de l'ONU, les actions mises en place - ou non... J'aimerai tellement que Sarkozy lise ton blog, et que ça le pousse à faire bouger les choses! Ce que tu fais est super, mais tes coups de gu**** semblent des murmures lancés au monde...
    Bon courage en tout cas, plus que 12 jours (et 12 cachets anti-palu!) et te revoici chez nous... J'espère qu'on pourra se voir un peu à ton retour! Et c'est super que ton travail commence à te plaire, j'avoue que j'avais un peu le même avis que toi sur l'animation, mais ce que tu dis me fais changer d'avis... Bravo pour tout ce que tu leur apportes, et ne regrette pas de ne pas pouvoir tout poursuivre, tu as déjà tant fait...
    Je t'embrasse très fort ma cousine chérie, courage pour ces derniers jours!

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  3. Quel regard auras-tu pour l'aide humaniaire à ton retour? Quels choix vas-tu faire? Tu as fait un petit travail de fourmi au sujet d'une problématique qui n'apparaissait pas comme prioritaire au début et qui en fait est tout à fait indispensable: l'animation, former, occuper, divertir tous ces réfugiés, ces enfants qui n'ont plus rien. Ton expérience à Haiti nous aura ouvert les yeux sur la nécessité de nourrir autant les esprits que les corps. Félicitations, je suis très fière de toi même si je te trouve très "folle"!!!! Ne baisse pas la garde, continue à prendre soin de toi et pour nous qui sommes restés en france, il ne reste plus que quelques jours avant de te revoir!!!!
    Mille bisous. Ta maman

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  4. courage poulette, c'est dur de se sentir impuissante mais au final, même si tu n'as fait que rendre quelques enfants plus heureux, c'est déjà des montagnes pour eux... on pense à toi ici, surtout avec les Musmos, je comprends ce que ça te fait d'animer des adorables petits bou d'chou, qui n'ont rien, et qui pourtant apportent tant...
    bisous, à bientôt

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